Las de son alter-ego maléfique Mr.Hyde, notre bon Dr.Jekyll décide de prendre le taureau par les cornes et d’en finir une bonne fois pour toutes avec son côté obscur. Il met en scène un suicide qui n’est en fait qu’une mascarade et change l’orthographe de son nom qui devient Dr.Jekyl. Il déménage en France, dans la région de Bordeaux et tente pendant des années de se forger une vie de monsieur tout le monde. Mais le docteur Jekyl est conscient de ses troubles mentaux, et sait que tôt ou tard le mal qui est en lui reprendra le dessus. C’est un soir de pleine lune que ça s’est déclenché. Alors qu’il écoutait quelques mélopées douces au casque (Mr.Bungle dans l’oreille gauche et System Of A Down dans la droite) tout en regardant les Noces Funèbres de Tim Burton, Dr.Jekyl a littéralement pété les plombs. Ce n’est plus deux, mais sept personnalités qui se battent désormais dans son esprit tourmenté. Il leur a même donné des noms et un métier : Fred, batteur, Ben, bassiste, Rémi et Géo, tous deux guitaristes, Nico M, claviériste et tromboniste, Nico G, saxophoniste, et JP, chanteur et trompettiste. Notre protagoniste connait alors un chaos intérieur jusqu’alors inédit, mais dans un de ses rares moments de lucidité il se rend compte que c’est un mal pour un bien. Premièrement, point de trace de Mr.Hyde qui semble avoir définitivement disparu, et deuxièmement, tout ce beau monde qui grouille dans sa tête joue d’un instrument, Dr.Jekyl entrevoit donc la fin de ses pulsions meurtrières : c’est dorénavant via la musique qu’il extériorisera sa démence. Quelques années plus tard, et encouragé par un public enthousiaste lors de ses concerts, Dr.Jekyl enregistre un premier EP 5 titres : Schizophonik . Un titre pour le moins honnête, Dr.Jekyl poursuit sa musicothérapie en faisant de sa tare un atout, et créé une musique à son image : imprévisible, dérangée, fondamentalement pleine de bonnes intentions, et dépourvue d’organisation logique aux oreilles de l’auditeur qui se prétend saint d’esprit. Pendant des années, Dr.Jekyl a ingurgité une quantité incroyable de musiques qui ressortent aujourd’hui dans sa production personnelle : Frank Zappa, Estradasphere, Mr.Bungle, Danny Elfman, System Of A Down sont les plus présentes. Perfectionniste, et sans doute victime de quelques troubles obsessionnels compulsifs, Dr.Jekyl fait preuve d’une précision chirurgicale dans le maniement de ses instruments, qu’il maîtrise désormais très bien, d’ailleurs l’enregistrement est digne de cette maîtrise et la met même en avant, tout est clair, et chaque invité du cerveau du docteur s’exprime à sa guise, dans un ensemble vertueux et harmonique. Vertueux et harmonique, oui, mais pas stable pour autant, il ne faut pas rêver, c’est toujours le dawa là dedans et quelques querelles éclatent parfois, mais Dr.Jekyl a su imposer à ses alter-egos sa qualité de maître de la situation, et remet de l’ordre quand le chaos devient trop intense. Il ordonnera donc à certains de se taire pour permettre aux autres de s’exprimer un instant, et, loin d’être un dictateur, il laisse à chacun une liberté totale d’expression, la seule contrainte étant de ne pas prendre le dessus sur les autres. Le résultat s’apparente à un fabuleux caméléon musical : rock, metal, jazz, ska, soul, funk... fabuleux, multicolore, et un peu dérangé du bocal. La civilisation a construit des barrières pour instaurer un semblant d’ordre, Dr.Jekyl les fait sauter à grands coups de décibels et se complet allègrement dans le désordre. Dr.Jekyl est fou, complètement timbré, certains diraient incurable... mais la plupart des gens biens le sont, et ceux qui auront su trouver en Dr.Jekyl son bon fond qui, quoiqu’on en dise est le seul à tirer les ficelles de cet orchestre aux apparences parfois effrayantes, ne tenteront pas de le ramener à la raison, l’ordre et la civilisation.

